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MOUNA KADIRI

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«Il faut réaliser toute la richesse que ces femmes africaines apportent au monde »

Mouna Kadiri est la directrice club Afrique Développement du groupe Attijariwafa Bank. Avec elle, on voulait comprendre les thèmes et les enjeux du leadership féminin en Afrique. Nous l’avons rencontrée lors des travaux de la 4è édition du Stand Up For African Women Entrepreneurs du Club Afrique Développement tenue à Douala les 26 et 27 février 2026.

 

Connecter, commercer, croître, qu’estce qu’on veut dire aux femmes ?.

À toutes celles qui ont des situations difficiles, ou qui vivent des obstacles, ou qui n’ont pas confiance en elles, qu’il existe une initiative, SUFAWE, Stand Up For African Women Entrepreneurs, qu’il existe un réseau de qualité, le Club Afrique Développement, à travers lequel elles peuvent se connecter, trouver des opportunités, trouver des soutiens, trouver une inspiration à travers des réussites concrètes et des femmes qui ont des parcours exemplaires, et donc commercer et croître. Donc c’est une invitation à croire en soi et à faire preuve d’audace. Le réseau est là pour soutenir et promouvoir.

Quels sont les grands défis qui attendent aujourd’hui les femmes en Afrique ?

La question est générique et je pense que les réalités sont différenciées en fonction de nos pays. Toutefois, hélas, s’agissant de la situation des femmes en général dans le monde, et plus particulièrement sous nos yeux, il y a encore beaucoup à faire pour reconnaître d’abord la valeur ajoutée qu’elles apportent au sein de la société, au sein de leur famille.

C’est elles qui portent sur leurs épaules les valeurs de toute société. C’est elles qui dessinent au sein de leur entreprise et de leur famille les destinées de millions d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, de nos sociétés. Donc il est fondamental qu’elles puissent trouver des écosystèmes où ces obstacles, ces difficultés, ces réalités, que ce soit du village ou à la grande ville africaine, qu’elles puissent les dépasser, s’épanouir, être reconnues, soutenues pour créer de la valeur.

Créer de la valeur, ça passe par plusieurs dimensions. Ça passe par gagner de l’argent, gagner de l’argent parfois pour survivre, gagner de l’argent parfois pour s’enrichir, payer des impôts, donc contribuer à ce qu’une communauté vive mieux, avec de meilleures routes, de meilleurs réseaux d’électricité, croître pour qu’elles puissent aussi transmettre à des générations, à des jeunes, des valeurs et de la richesse et créer de l’emploi. C’est un enjeu central aujourd’hui sur notre continent, créer de l’emploi pour que nos jeunes eux-mêmes, à leur tour, croient en leur destinée au sein même de leur continent, que les femmes ont une centralité au sein de la société, ont un rôle central, et qu’elles sont porteuses d’une conviction forte qu’on doit catalyser et révéler, qui est que nous pouvons prendre en main notre destin, nous pouvons solidariser une Afrique qui raconte elle-même sa propre histoire.

Vous êtes dans la promotion du leadership féminin en Afrique. Jusqu’où irez-vous ?

Ce qui est merveilleux dans l’initiative du Stand Up for African Women Entrepreneurs et du Club Afrique Développement, ce n’est pas une plateforme qui appartient à une personne, c’est une plateforme dans laquelle des milliers de personnes déposent leur confiance et y apportent leur pierre à l’édifice. Le Club Afrique Développement est un mouvement de plus de 24 000 entreprises depuis plus de 15 ans qui se sont rencontrées à travers une quinzaine de capitales africaines, mission multisectorielle après mission multisectorielle, forum Afrique Développement après forum Afrique Développement.

C’est une communauté aujourd’hui vivante qui se connaît et qui a développé un esprit de famille. Donc le Club Afrique Développement ira jusqu’au point que souhaitera cette communauté et vu comment c’est parti, ça ira très loin.

Quels sont les goulots d’étranglement aujourd’hui qui empêchent la femme africaine de s’épanouir?

C’est une question difficile parce que la tentation c’est de dire des généralités alors que, comme on dit, tous parents tous différents. On a nos spécificités culturelles, on a nos réalités, on a des difficultés variées. Donc je ne peux pas répondre à une question aussi générique.

Cependant, je sais qu’une femme qui porte un enfant pendant neuf mois, qui donne vie à un bébé qui deviendra un jeune, qui deviendra un adulte, ne peut qu’être soutenue si on veut que nous tous nous allions de l’avant. Et je pense que les femmes africaines ont des leçons à donner au monde en termes de résilience, en termes d’adaptation. Si vous avez écouté les témoignages lors de la master class de ces femmes entrepreneurs aujourd’hui à succès, comme Mme Rachel Dibou, ambassadrice du SUFAWE du Congo, qui a commencé avec rien, qui est venue d’une famille très pauvre, qui était obligée de s’en sortir, obligée de survivre.

Elle a fait preuve d’une résilience extraordinaire qu’il a menée pas après l’autre, seule, jusqu’à présider un groupe multisectoriel à succès. Donc je crois que de ces difficultés, de ces cicatrices, comme elle dit, on a des leçons à recevoir pour crever des plafonds psychologiques parfois, en nous-mêmes, nos peurs, nos croyances, et faire preuve d’audace.

Est-ce que les contextes sont les mêmes aujourd’hui pour arriver à cet épanouissement dont vous recherchez tant ?

Oui, c’est ce que je disais tout à l’heure, les contextes et les réalités sont différents. Cependant, permettez-moi, avec votre permission, de ne pas trop cautionner le terme Afrique blanche, parce que le sang coule dans nos veines et il a la même couleur, et que ce qui nous unit, c’est notre humanité, et que notre ancêtre commun, le plus ancien ancêtre commun reconnu, qui s’appelle Toumaï, qui s’appelle Espoir de Vie, qui a 7 millions d’années, c’est ce qui nous unit. On est tous, après une gestation de 9 mois, et on meurt tous, et on est tous enterrés sous terre.

Donc permettez-moi de dire qu’au Maroc, il y a toutes les couleurs d’abord, et que le sang est de la même couleur chez tout le monde. Donc ça, c’est la première barrière à dépasser. Vous voyez, entre nous déjà, si on est des frères d’âme, des frères d’âme, je ne vais pas vous voir avec votre couleur, vous n’allez pas me voir avec ma couleur, vous allez me voir des yeux dans les yeux.

Voilà, ça c’est la première des choses. La deuxième des choses, bien sûr qu’il y a eu des défis, bien sûr, des défis immenses. Je ne peux pas me permettre de parler d’une réalité que je ne connais pas, je peux parler du Maroc, je suis moi-même la preuve vivante de la progression fulgurante de ce Maroc contemporain, qui a gagné 30 ans d’espérance de vie en l’espace de 40 ans, qui aujourd’hui a plus d’urbains que de ruraux, qui a réformé son code de la famille et les droits des femmes, qui a connu un mouvement associatif très fort de défense des droits des femmes dans les années 80, et aujourd’hui on ne peut que leur rendre hommage.

Et aujourd’hui, en tant que femme marocaine, je suis très fière d’être marocaine, je suis très fière de continuer à dire que mon existence même est la preuve que ce pays avance. Les défis existent, les défis majeurs existent encore, mais ils se réduisent de plus en plus, on est sur le bon chemin. Et c’est pour ça qu’on a une responsabilité, en tant que citoyen, quand on a le privilège d’avoir une éducation, des outils, et quand, à travers notre propre existence, on démontre que ce Maroc-là est possible, cette Marocaine-là est possible, qui fait ses choix, qui est indépendante, qui est respectueuse de ses valeurs, tout en intégrant la modernité et, on va dire, le lègue, entre guillemets, historique, colonial, mais en en transformant, en en faisant une richesse, et pas une faiblesse, c’est qu’on est sur le bon chemin.

Si vous avez un message aujourd’hui adressé à la femme africaine

Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est fierté. Je crois qu’il y a une fierté immense, et il faut réaliser toute la richesse que ces femmes africaines apportent au monde, et en le réalisant, qu’elles prennent plus confiance en elles, et qu’elles fassent preuve d’audace, en s’appuyant sur leurs grandes sœurs, en s’appuyant sur des réseaux solidarisés, efficaces, pragmatiques aussi, pas juste des vœux pieux, pour rayonner encore plus, et inspirer le monde.

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