
Le septième art continental est en deuil après la disparition, ce 12 mai 2026 à Yaoundé, du cinéaste et bâtisseur culturel camerounais Bassek Ba Kobhio à l’âge de 69 ans.
Un cinéaste engagé et visionnaire
Né sous les projecteurs en 1991 avec son premier long-métrage, Sango Malo,Bassek Ba Kobhio a immédiatement marqué les esprits par la finesse de son regard sur les réalités africaines. Ce coup d’essai, primé à Milan, reste l’œuvre la plus emblématique d’une filmographie riche, comprenant également des pièces maîtresses comme Le Grand Blanc de Lambaréné ou Le Silence de la forêt . Son cinéma n’était pas qu’esthétique ; il était un outil de réflexion sociale, de réappropriation de l’histoire et de remise en question des structures postcoloniales.
L’homme était aussi un écrivain reconnu, maniant la plume avec la même précision que la caméra pour dépeindre les complexités de la société camerounaise. Ses récits, souvent empreints d’une ironie mordante, cherchaient à éveiller les consciences sur l’importance de l’éducation et de l’intégrité politique. Il incarnait cette génération d’intellectuels totaux pour qui l’art devait impérativement servir de miroir à la condition humaine.
L’héritage éternel des Écrans Noirs
Au-delà de la caméra, c’est en tant que bâtisseur que l’homme a laissé une empreinte indélébile. En fondant le festival Écrans Noirs en 1997, il a doté le Cameroun et l’Afrique centrale d’une plateforme de promotion incontournable. Véritable carrefour de formation grâce à ses classes de cinéma, ce rendez-vous a vu défiler des générations de techniciens, scénaristes et réalisateurs aujourd’hui reconnus mondialement.
Alors qu’il préparait avec passion le 30ème anniversaire de son festival, sa disparition laisse un vide immense au sein de la communauté artistique. Les hommages qui affluent de tout le continent saluent un « monument » dont la rigueur et la générosité ont permis de structurer une industrie locale fragile. Pour ses collaborateurs, l’heure est désormais à la poursuite de son œuvre : faire en sorte que les écrans continuent de briller, en hommage à sa mémoire et pour la pérennité de la culture africaine.










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