
BAMAKO – Le pilier central de la stratégie militaire malienne s’est effondré. Avec la confirmation du décès du général Sadio Camara, ministre de la Défense, le pays s’enfonce dans une crise de succession et de sécurité sans précédent. Alors que Kati panse ses plaies et que Kidal change de mains, c’est tout l’équilibre de l’Alliance des États du Sahel (AES) qui vacille.
Le « cerveau » n’est plus
La mort de Sadio Camara n’est pas seulement une perte humaine pour Bamako ; c’est une décapitation stratégique. Considéré comme l’architecte principal du rapprochement entre le Mali et la Russie, le général Camara était l’homme de confiance de Moscou et le maître d’œuvre de la montée en puissance des Forces Armées Maliennes (FAMa).
Son élimination par le JNIM, au cœur même de la cité-garnison de Kati, démontre une faille majeure dans l’appareil sécuritaire que le ministre avait lui-même construit. L’utilisation d’un véhicule piégé contre une résidence ultra-protégée marque un tournant : les groupes djihadistes ne se contentent plus de harceler les périphéries, ils frappent désormais les centres de décision.
Kidal et Gao : Le retour du spectre de 2012
Pendant que Bamako est sous le choc, le nord du pays semble s’être détaché de l’autorité centrale en un temps record.
À Kidal : Le retrait négocié d’Africa Corps et des FAMa vers le « Camp 2 » marque la fin de la présence de l’État dans la ville symbole du nord. Les rebelles touareg du FLA (Front de libération pour l’Azawad) revendiquent un contrôle total, remettant en cause l’unité territoriale si chèrement défendue par le pouvoir militaire ces deux dernières années.
À Gao et Sévaré : La pression exercée par les mouvements armés laisse présager une possible partition de fait du pays.
« Nous assistons à une offensive coordonnée dont l’ampleur rappelle les heures sombres de 2012, » souligne Charlie Werb, analyste chez Aldebaran Threat Consultants. La simultanéité des attaques du JNIM (sud et centre) et du FLA (nord) suggère, sinon une alliance, du moins une synchronisation opportuniste fatale pour l’armée régulière.
L’offre empoisonnée du JNIM
Dans un communiqué qui bouscule les codes de la diplomatie de guerre, le JNIM a proposé un pacte de non-agression aux forces russes d’Africa Corps, à condition qu’elles cessent de soutenir le gouvernement de transition. Si Moscou a officiellement condamné les attaques, cette proposition place les mercenaires russes devant un dilemme : poursuivre un combat coûteux sans leur interlocuteur privilégié (Camara) ou sécuriser leurs positions de manière autonome.
Quel avenir pour Assimi Goïta ?
Silencieux depuis le début des hostilités, le général Assimi Goïta se retrouve isolé. Exfiltré vers un camp de forces spéciales, il doit désormais gérer une armée en alerte maximale et une population civile soumise au couvre-feu. La question de la pérennité du pouvoir de transition est désormais posée : sans le bouclier de Camara et avec un nord en sécession, la marge de manœuvre de Bamako se réduit comme peau de chagrin.
L’heure est désormais à la reconstruction d’un commandement militaire, alors que les combats sporadiques continuent de résonner à Kati, à seulement quinze kilomètres d’un palais présidentiel plus vulnérable que jamais.
source france 24 et AFP










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