
Plus de trois semaines après la fin du 4e Recensement général au Cameroun, 14 502 agents attendent toujours leur dû. Chronique d’un naufrage social pour des jeunes abandonnés sans protection sur le terrain.
Le 24 avril dernier, des milliers de jeunes Camerounais ont enfilé leur gilet avec l’espoir légitime de contribuer au développement de leur pays à travers le 4e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) et le Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE). Ce qui devait être une mission de quelques semaines s’est transformé en un véritable parcours du combattant. Prévue initialement pour durer cinq semaines, la phase de collecte s’est étirée sur plus de cinq mois, s’achevant difficilement le 15 septembre 2026.
Derrière ces chiffres froids se cache une réalité humaine bouleversante. Sur le terrain, ces agents recenseurs, en grande majorité des étudiants et des diplômés sans emploi, ont affronté les pires conditions. Sans aucune protection ni matériel adapté, ils ont arpenté les quartiers, les villages et les zones reculées, bravant un soleil de plomb et des pluies torrentielles. Portant des charges lourdes et faisant face parfois à l’hostilité de populations méfiantes, ils ont tenu bon, motivés par la promesse d’une rémunération journalière de 3 500 FCFA censée les faire vivre.
Une attente interminable et l’angoisse du lendemain
Aujourd’hui, la colère gronde, et pour cause. Plus de trois semaines après la clôture officielle des opérations, 14 502 agents sont toujours impayés, tandis que près de 7 000 réclamations s’entassent dans les tiroirs. L’administration et le projet HISWACA, appuyé par la Banque mondiale, se rejettent la responsabilité de ce blocage à coups de procédures administratives rigides et d’exigences de justificatifs. Mais pendant que les bureaux climatisés débattent des normes de conformité, c’est la survie immédiate de la jeunesse qui est sacrifiée.
Ces jeunes, qui ont tout donné pour la réussite de cette opération d’envergure nationale, se retrouvent aujourd’hui dans une précarité extrême. Beaucoup se sont endettés pour couvrir leurs frais de transport et de subsistance pendant la mission. L’absence totale de communication de la part des autorités ,qui n’ont fourni ni le montant global des arriérés ni un calendrier de paiement plonge ces familles dans une angoisse insoutenable. Cette dette sociale non réglée ressemble à s’y méprendre à un mépris profond pour le travail abattu par la force vive de la nation.
Quel avenir pour les futures statistiques nationales ?
Cette crise post-collecte jette une ombre lourde sur la crédibilité de l’Institut national de la statistique (INS). Alors que de nouveaux chantiers se profilent, la confiance est rompue. Sans un apurement rapide de cette dette par l’État et ses partenaires, c’est toute la fiabilité des futures collectes nationales qui se trouve désormais compromise.










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