
La Société Camerounaise de Santé et Sécurité au Travail (SCSST) a ouvert, le mardi 13 octobre 2026, la cinquième édition de son congrès international à l’hôtel Best Western de Douala. Placée sous le thème « La pratique de la santé et sécurité au travail en contexte de faibles ressources », cette rencontre, qui s’achève le 15 octobre, réunit 350 participants venus du Cameroun et de plusieurs pays étrangers. L’objectif est de proposer des solutions pragmatiques, accessibles et adaptées aux réalités économiques, sociales et professionnelles locales, notamment pour améliorer la protection des travailleurs du secteur informel.
La santé et la sécurité au travail (SST) constituent un enjeu majeur de santé publique et de développement économique. Cette rencontre entend apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées dans ce domaine, en particulier dans un contexte marqué par la faiblesse des ressources humaines, matérielles et financières. Pour le Dr Joseph Silvère Kaptué, président exécutif de la SCSST, il est indispensable de dépasser la simple reproduction des modèles conçus dans d’autres pays, dont les moyens et les conditions de travail diffèrent de ceux du Cameroun. « Il est pour nous au cœur de ce congrès de regarder nos réalités en face, de faire le mieux qu’on peut avec le peu de moyens qu’on a », souligne-t-il.
Le responsable met particulièrement en évidence le déficit de spécialistes en santé au travail face au nombre de personnes exerçant une activité professionnelle dans le pays. Selon les chiffres avancés par la SCSST, le Cameroun compte environ 15 millions de travailleurs, dont 12 millions dans le secteur informel, pour seulement 105 médecins spécialistes en santé au travail.
Cette situation pose la question de l’accès aux services de prévention, de suivi médical et de prise en charge des risques professionnels. Les travailleurs du secteur informel, qui constituent une part importante de la population active, demeurent particulièrement exposés, faute de structures adaptées pour assurer leur protection. L’ambition de la SCSST est donc de rechercher des mécanismes réalistes, efficaces et financièrement accessibles, capables de renforcer la couverture de l’ensemble des travailleurs, indépendamment de leur statut professionnel.
*Dix sous-thèmes au cœur des échanges, avec un accent sur le secteur informel*
Pendant trois jours, les participants échangent autour de dix sous-thèmes portant sur les principaux défis de la santé et de la sécurité au travail. Parmi les sujets abordés figurent la mobilisation des ressources, la gestion des coûts liés à la santé et à la sécurité au travail ainsi que la prévention des risques professionnels dans l’économie informelle. Ce dernier sujet occupe une place particulièrement importante dans les discussions. En effet, l’ampleur du secteur informel au Cameroun rend nécessaire la mise en place de stratégies spécifiques pour atteindre les travailleurs qui échappent souvent aux dispositifs classiques de prévention et de protection sociale.
Pour les organisateurs, l’enjeu est de concevoir des approches adaptées aux réalités des petites activités économiques, des travailleurs indépendants et des personnes exerçant dans des environnements professionnels où les moyens de prévention sont limités. Il s’agit notamment de privilégier des mesures applicables sur le terrain, sans compromettre les exigences essentielles de protection de la santé des travailleurs. La conférence inaugurale a été prononcée par le professeur Jean Sylvain Bonny, venu de Côte d’Ivoire. Son intervention, consacrée à la pratique de la santé et de la sécurité au travail en contexte de faibles ressources, a permis de placer les réflexions du congrès dans une perspective plus large.
L’importance de la prévention est également soulignée par les données évoquées au cours de la rencontre. Selon les chiffres cités, entre 5 et 7 % des décès dans le monde seraient attribués au travail. Cette estimation rappelle l’ampleur des conséquences sanitaires liées aux risques professionnels et la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de surveillance et de prise en charge. Au-delà des échanges scientifiques, la SCSST souhaite faire de cette édition un cadre de propositions concrètes. « Nous comptons en repartir avec une déclaration de la SCSST qui prendra en compte notre environnement économique, social et professionnel, nos moyens et nos ressources, pour mieux adapter la santé et la sécurité au travail », indique le Dr Joseph Silvère Kaptué.
*Les pouvoirs publics appelés à renforcer la prévention et le cadre réglementaire*
La cérémonie d’ouverture a connu la participation de représentants des pouvoirs publics, des institutions de la République et des organisations patronales. La présence de ces différents acteurs témoigne de l’importance accordée à la santé et à la sécurité au travail, qui nécessitent une action concertée entre l’État, les employeurs, les professionnels de santé et les travailleurs.
Le ministère de la Santé publique était représenté par le Dr Charles Yopndoï, délégué régional de la Santé publique pour le Littoral, qui a coprésidé l’ouverture du congrès. Il a rappelé l’intérêt de cette rencontre pour les missions de suivi et de protection de la santé des travailleurs assurées par son département ministériel. « Pour le ministère de la Santé publique, il s’agit pour nous d’apporter notre concours dans le suivi que nous faisons de la protection de la santé du travailleur », a-t-il déclaré. Le représentant du ministre a également inscrit cette démarche dans les orientations de la stratégie sectorielle de santé 2020-2030, dont l’objectif est de contribuer à la production d’un capital humain sain, capable de soutenir une croissance inclusive et durable.
Le Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale était, pour sa part, représenté par le Dr Éyoum Doualla, directeur de la santé et sécurité au travail au sein de ce département ministériel. Il a indiqué que le ministre avait formellement donné son accord pour le patronage institutionnel de cette cinquième édition du congrès. Selon lui, cette rencontre constitue une occasion de promouvoir une véritable culture de prévention des risques professionnels au Cameroun. Il estime notamment nécessaire d’améliorer le système national de santé et de sécurité au travail, aussi bien à travers la politique nationale en matière de santé au travail que par le renforcement du cadre juridique relatif à la sécurité au travail.
Au terme des travaux, la déclaration attendue de la SCSST devrait ainsi constituer un point de référence pour les réflexions sur l’adaptation des politiques et des pratiques de santé et de sécurité au travail aux réalités nationales. Pour les organisateurs, l’objectif demeure clair : faire en sorte que le manque de ressources ne soit pas un obstacle à la protection de la santé et de la vie des travailleurs, notamment ceux qui évoluent dans le secteur informel.
Georges potain likeng










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