Economie

CEMAC : A DOUALA, LES EXPERTS HARMONISENT LA MESURE DE PRODUCTION INDUSTRIELLE RÉGIONALE

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Réunis à Douala, du 10 au 14 août 2026, les experts des six États membres de la CEMAC, avec la participation d’AFRISTAT, de la Commission de la CEMAC, de l’ISSEA et du PREF-CEMAC, ont travaillé à l’harmonisation du dispositif de production et de publication de l’Indice Harmonisé de la Production Industrielle (IHPI). L’objectif est de doter l’Afrique centrale d’un indicateur fiable et comparable pour mieux suivre la conjoncture industrielle, éclairer les décisions de politique économique et accompagner la transformation des économies de la sous-région.

Derrière la technicité apparente d’un indice statistique se joue en réalité une question majeure de politique économique : comment comparer correctement la production industrielle de six économies lorsque les données, les méthodes de collecte, les nomenclatures et les capacités statistiques ne sont pas encore uniformes ?

L’atelier organisé par la Commission de la CEMAC, dans le cadre du Projet statistique, a précisément cherché à répondre à cette problématique. La rencontre a réuni les experts des Instituts nationaux de la statistique des six États membres, les spécialistes d’AFRISTAT ainsi que les représentants de la Commission de la CEMAC, de l’ISSEA et du PREF-CEMAC.

Le constat établi à Douala est sans ambiguïté : la construction d’un IHPI véritablement communautaire progresse, mais à des rythmes différents selon les pays. Les missions de diagnostic réalisées en 2025 avaient permis d’examiner les systèmes existants ou en cours de déploiement, notamment les processus de production, la conformité aux standards internationaux, les sources de données, la collecte auprès des entreprises, les nomenclatures utilisées, les méthodologies de calcul et les principales difficultés opérationnelles.

Les travaux de Douala ont confirmé cette hétérogénéité.

Les six États membres se trouvent à des étapes différentes, allant de la préparation des opérations de collecte jusqu’au calcul d’indices rénovés. Le Congo apparaît comme le pays le plus avancé, tandis que d’autres administrations statistiques restent confrontées à des obstacles très concrets : délais d’obtention des autorisations administratives, insuffisance des financements nationaux, difficultés d’identification des entreprises et absence, dans certains cas, d’un mécanisme permanent de collecte.

Pour une communauté économique qui cherche à renforcer son intégration, cette disparité constitue un enjeu majeur. Un indicateur industriel ne vaut en effet que par la qualité, la régularité et la comparabilité des données qui le composent.

Un outil pour mieux lire la conjoncture industrielle

L’IHPI n’est pas simplement un nouvel instrument statistique. Il doit permettre aux gouvernements, aux banques centrales, aux investisseurs et aux institutions régionales de disposer d’une lecture plus homogène de l’évolution de l’activité industrielle dans la sous-région.

Le dispositif repose notamment sur une meilleure définition du champ statistique, l’utilisation des nomenclatures NAEMA/NOPEMA rev.1, des méthodes harmonisées d’échantillonnage des entreprises et des produits, ainsi qu’un calendrier commun de production.

Les experts ont également travaillé sur des sujets déterminants pour la qualité de l’information économique, notamment la distinction entre indice provisoire et indice définitif, la désaisonnalisation des séries, les sources d’information et les modalités de collecte.

Ces éléments peuvent paraître techniques. Ils déterminent pourtant la capacité des décideurs à distinguer une véritable accélération de la production industrielle d’un simple effet saisonnier ou d’une variation liée à la qualité de la collecte.

La coopération des entreprises, un enjeu central

L’un des principaux enseignements de l’atelier est que la réussite de l’IHPI dépendra moins de la sophistication du guide méthodologique que de la capacité des systèmes statistiques nationaux à obtenir des données fiables, régulières et exploitables auprès des entreprises.

Sur ce terrain, le Congo a présenté une expérience particulièrement remarquée, fondée notamment sur des visites de porte-à-porte auprès des entreprises, l’implication de la hiérarchie et l’organisation de dîners-débats destinés à expliquer l’importance de la production statistique. Cette stratégie de sensibilisation a été présentée comme une bonne pratique susceptible d’être reproduite dans les autres pays de la CEMAC.

L’enjeu est considérable. Sans la coopération des entreprises, même le meilleur modèle statistique reste théorique. L’identification exhaustive des sociétés et des administrations détenant les informations nécessaires apparaît donc comme une priorité pour garantir la régularité et la fiabilité de l’indice.

Vers un cadre communautaire commun

Autre résultat important de la rencontre : l’avancée vers la mise en place d’un cadre réglementaire régional. Le guide méthodologique d’élaboration de l’IHPI a été validé par les participants, sous réserve de l’intégration des observations formulées au cours des travaux. Le projet de règlement communautaire portant adoption de ce guide a également été examiné et validé.

Le futur dispositif doit préciser les responsabilités respectives des États membres et de la Commission de la CEMAC, tout en encadrant les conditions de production et de publication de l’indice. Cette étape donne à l’harmonisation statistique une dimension institutionnelle. Il ne s’agit plus seulement de recommander des méthodes communes, mais de construire progressivement un standard régional auquel les six systèmes statistiques nationaux devront converger.

Le financement, principal défi de la réforme

Les discussions ont cependant mis en évidence une difficulté moins technique, mais déterminante : le financement. La production régulière d’un indice industriel exige des ressources humaines qualifiées, des systèmes informatiques adaptés, des opérations de collecte régulières et des moyens de suivi. Or plusieurs pays demeurent confrontés à des contraintes budgétaires susceptibles de ralentir la mise en œuvre de leurs feuilles de route nationales.

Les participants ont ainsi appelé à sécuriser des financements pérennes sur ressources internes, tout en renforçant le dialogue avec les partenaires techniques et financiers, notamment AFRISTAT.

Au-delà de l’harmonisation des méthodes, la CEMAC devra donc relever un double défi : garantir la qualité des données et assurer la continuité de leur production. Car pour mieux piloter sa transformation économique, la sous-région doit d’abord disposer d’une mesure commune, fiable et régulièrement actualisée de son activité industrielle.

Georges Potain Likeng

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