
Le récent effondrement tragique d’un immeuble dans le 5ème arrondissement de la ville de Douala, dont le bilan provisoire fait état de sept morts, plonge une fois de plus la capitale économique camerounaise dans le deuil. Face à ce drame répétitif en pleine saison des pluies, le Maire de la ville, le Dr Roger Mbassa Ndinè, tape du poing sur la table. Entre colère face à l’irresponsabilité de certains promoteurs et rappel à l’ordre juridique, l’édile appelle à un sursaut citoyen pour stopper l’hémorragie.
L’incivisme et l’irresponsabilité au cœur du drame
Ce nouveau sinistre n’est malheureusement pas un cas isolé, mais le symptôme d’un mal profond qui ronge le secteur du bâtiment à Douala : le non-respect chronique des normes de construction. Pour le premier magistrat de la ville, l’origine de ces catastrophes est avant tout humaine. Nombreux sont les chantiers qui sortent de terre sans la moindre autorisation administrative, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires.
Le maire fustige également l’attitude d’occupation clandestine de bâtiments pourtant formellement déclarés insalubres ou dangereux par les autorités municipales. « La plupart des immeubles qui s’effondrent dans la ville de Douala ont été construites sans permis de construire et dans certains cas, nous avons vu l’immeuble tomber en ruine et nous avons interdit les gens d’y habiter, les gens ont quand meme enlever les scellés et se sont installés à leurs risques et périls », déplore-t-il avec gravité. Face à cette inconscience collective, la sensibilisation se heurte aux limites matérielles de la surveillance publique. Le maire rappelle avec pragmatisme : « nous ne pouvons pas mettre un policier derrière chaque citoyen pour l’emmener à respecter la loi, il faut que chacun sache quels sont ses droits quelle sont ses obligations et ce que la loi dit ». Pour lui, le constat est sans appel : « ce sont les drames de l’incivisme, d’abord et quelques part, les drames de l’irresponsabilité on ne peut pas continuer comme ça. »
Le défi juridique et technique de l’évaluation des risques
La lutte contre l’habitat précaire et menaçant ruine s’apparente à une course contre la montre administrative et technique. Bien qu’une campagne d’identification rigoureuse menée il y a trois ans ait permis de cartographier la menace, la situation continue de se détériorer. On dénombre aujourd’hui environ une cinquantaine d’immeubles menaçant ruine à travers la métropole. Cependant, l’action corrective de la Communauté Urbaine de Douala (CUD) se heurte à des procédures juridiques complexes et contraignantes.
La loi stipule en effet qu’il revient initialement au propriétaire de démolir son bien défectueux. Intervenir à sa place implique une mobilisation de fonds publics pour un intérêt privé, mais exige surtout des garde-fous légaux solides pour parer à d’éventuels recours judiciaires des propriétaires indélicats. « Quand nous engageons les destructions, nous avons besoin de nous assurer que toutes les dispositions légales sont avec nous d’abord, avoir une certification du Labogenie qui atteste que cet immeuble risque de tomber très rapidement, parce que ce que l’on voit à l’œil nu peut être contesté devant les tribunaux et beaucoup contestent le diagnostic que nous posons et portent plainte quand nous agissons sans avoir ses précautions juridiques », confie le Dr Roger Mbassa Ndinè.
Vers une intensification des démolitions et des poursuites judiciaires
À l’heure où les pluies diluviennes accentuent la fragilité des sols et des structures, la CUD a décidé de passer à la vitesse supérieure. La complaisance n’est plus de mise. Le maire réitère avec force que la seule planche de salut réside dans la discipline collective et le respect des textes en vigueur : « il n’y a pas meilleure solution que de respecter les lois et les règlements de la république, une république est un espace où les gens doivent vivre ensemble ». Les mesures de restriction ou d’évacuation ne doivent plus être perçues comme des contraintes arbitraires, mais comme des boucliers : « Nous ne prenons pas les mesures pour embêter les citoyens, nous prenons les mesures pour les protéger ».
Pour concrétiser cette fermeté, la mairie de la ville annonce un plan d’action coercitif. Les démolitions des ouvrages à risques vont s’accélérer de manière intensive. De plus, la municipalité compte toucher le portefeuille des contrevenants en exigeant le remboursement intégral des frais de démolition engagés par l’argent public. Enfin, le volet pénal sera systématiquement activé. « Lorsque la responsabilité du promoteur est engagée nous porterons plainte aux promoteurs pour avoir mis en danger la vie des gens. On ne peut pas laisser les vies humaines mises en danger par les promoteurs qui ne respectent pas la loi », conclut le maire, signifiant ainsi la fin de l’impunité pour les bâtisseurs véreux.










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