Richard Evina Obam dénonce le « blocus » de la COBAC sur les fonds en déshérence

Lors de la Finance Week 2026 organisée par EcoMatin, le Directeur Général de la Caisse des dépôts et consignations (CDEC), Richard Evina Obam, a jeté un pavé dans la mare. Dans un réquisitoire sans concession, il a accusé la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) de paralyser une politique publique stratégique pour le Cameroun. Au cœur du litige : le transfert des avoirs dormants des banques vers la CDEC, une manne financière estimée à plusieurs centaines de milliards de FCFA, gelée par une querelle de compétences entre souveraineté nationale et régulation communautaire.
Un conflit de souveraineté aux enjeux de développement
Pour Richard Evina Obam, l’argument du « risque systémique » invoqué par la COBAC pour freiner ces transferts ne tient pas. Le régulateur craint qu’une sortie massive de liquidités n’impacte l’équilibre financier des banques commerciales. Or, la CDEC soutient que la gestion des dépôts et consignations relève de la souveraineté de l’État et ne fait pas partie des compétences transférées à l’organe communautaire de la CEMAC.
L’enjeu est pourtant crucial pour l’économie nationale. La mission de la CDEC est de transformer ces « ressources mortes » comptes inactifs depuis plus de dix ans, assurances non réclamées, cautionnements en leviers de financement pour les projets d’intérêt général. En centralisant ces fonds, l’État camerounais ambitionne de réduire sa dépendance aux financements extérieurs pour ses infrastructures. Pour s’affranchir davantage des réticences du secteur privé, la CDEC envisage même la création de sa propre filiale bancaire, une étape majeure pour sécuriser la collecte.
Une collecte sous haute tension malgré les résistances
Le bras de fer a quitté les salons feutrés de la finance pour s’inviter devant les tribunaux. En octobre 2025, la CDEC a engagé des poursuites contre plusieurs directeurs généraux de banques majeures (Citibank, SG Cameroun, Ecobank, Afriland First Bank, CBC) pour « refus de transfert des avoirs ». Malgré ce climat de friction, le processus de rapatriement des fonds a timidement débuté.
Au 30 avril 2025, la CDEC affichait une collecte de 83 milliards de FCFA,soit environ 21 % de l’objectif annuel de 400 milliards. Dans le détail, la BICEC mène la danse avec 13 milliards reversés, suivie de la SCB (8 milliards) et de la Société Générale Cameroun (7 milliards). Le secteur des assurances n’est pas en reste, Allianz ayant déjà transféré 1,5 milliard de FCFA. Cependant, ces chiffres restent dérisoires face au potentiel global : les avoirs éligibles pourraient représenter jusqu’à 1 500 milliards de FCFA,soit 20 % des dépôts bancaires du pays. Une somme colossale qui explique pourquoi Richard Evina Obam refuse de céder face au régulateur régional.










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