
Le 4ᵉ Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), couplé au Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (REGAE), s’achemine vers sa date butoir du 31 juillet 2026 dans un désordre indescriptible. En dépit de la prorogation accordée par le Premier ministre, Chief Dr Joseph Dion Ngute, le constat sur le terrain est sans appel : l’opération est un échec cinglant. À Yaoundé comme à Douala, plus de la moitié des quartiers n’ont jamais vu l’ombre d’un questionnaire, abandonnant le dénombrement à la pure fiction dans les zones enclavées.
Pourtant, l’enjeu stratégique de cette opération de grande envergure reste majeur. Le Dr Roger Mbassa Ndinè, Maire de la ville de Douala, n’a pas manqué de le rappeler en invitant les populations à se faire enregistrer « L’État a besoin de savoir combien nous sommes de manière à pouvoir planifier les investissements qu’on doit faire, de manière à pouvoir planifier les écoles, les hopitaux , les marchés….etc,nous avons besoin d’avoir une situation assez précise des habitants et quand on accomplit ce devoir, je crois qu’on ne peut qu’être satisfait. »
Désarroi des agents et couacs logistiques sur le terrain
Mais sur le terrain, la réalité est bien loin des discours institutionnels. Le cœur du blocage réside dans l’abandon des agents recenseurs. Malgré le soutien financier de la Banque Mondiale, une grande partie de ces jeunes recrues n’a perçu aucun salaire depuis le début de l’opération. Pourtant, dans une interview accordée au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune le 15 juin, André Mbaïranadji, coordonnateur du REGAE, affirmait sans l’ombre d’un doute que « tous les agents recenseurs seront payés au plus tard ce lundi » (faisant référence au lundi 20 juin). Force est de constater qu’à ce jour, rien n’a changé pour bon nombre d’entre eux.
Ce désarroi est incarné par Jules, agent recenseur dans la zone 460 de Douala 3ᵉ, rencontré ce mardi 22 juillet à l’entrée de la brigade territoriale « Depuis que j’ai commencé la formation jusqu’à ce matin, je n’ai rien perçu, ni les frais de formation, ni de quoi payer le transport pour faire le tour contrairement à mon collègue avec qui je suis qui a reçu ses frais de formation. Serais resté à la maison et regarder la télévision comme mes amis au quartier, mais cela m’occupe. On espère seulement qu’à la fin je serais payé. Me voici sous la pluie, sans imperméable, sans botte pour me protéger, franchement c’est dur de travailler dans ces conditions. »
Du côté administratif, un contrôleur rencontré sur le terrain tempère en expliquant que n’eut été les dysfonctionnements dans la saisie des numéros de téléphone des agents, beaucoup auraient déjà reçu leurs paiements par transfert mobile.
Aux retards de paiement s’ajoute une impasse méthodologique majeure : effectuer les visites aux heures de travail produit des démarches infructueuses. Mme N. Judith, également recenseuse, en fait le constat amer : « J’ai déjà fait le tour de la même concession trois fois de suite, je trouve seulement les enfants qui ne peuvent pas répondre. Ils m’ont demandé de revenir samedi, et ce jour-là les parents étaient pressés, ils allaient à un deuil à Dibombari. Vous voyez combien la tâche n’est pas aisée pour nous. »
Réaction de l’administration et risque de données biaisées
Le Comité Technique vient de valider dans l’urgence un collectif budgétaire pharaonique porté à 30,429 milliards de FCFA. Parallèlement, le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) enjoint aux Gouverneurs, Préfets et Sous-Préfets de sillonner eux-mêmes la boue des sous-quartiers pour forcer le recensement en dix jours.
Cette réaction tardive ne sauvera pas un dispositif vicié à la base. Vouloir mailler le territoire à la va-vite ne produira qu’une banque de données biaisée, inutilisable pour les politiques publiques de développement. Face au risque de gaspillage des deniers publics et des financements internationaux, une seule issue s’impose : suspendre cette mascarade et revoir le processus sur des bases méthodologiques et humaines véritablement rigoureuses.










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