
Le paysage énergétique camerounais connaît un tournant historique avec la signature, le 04 mai 2026,d’un décret présidentiel par Paul Biya. Cet acte officialise la naissance de la Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL) ,une entité à capital public qui vient remplacer Eneo. Cette mutation marque la fin de vingt-cinq ans de gestion privée et consacre le retour de l’électricité dans le giron exclusif de l’État, qui détient désormais l’intégralité du capital social de 43,9 milliards de FCFA .
Au-delà d’un simple changement de nom, cette réforme dote la SOCADEL d’ambitions particulièrement vastes. Sa mission ne se limite plus à la simple exploitation domestique : elle englobe désormais la production, la distribution, mais aussi l’importation et l’exportation d’énergie. Ce champ d’action, qui s’étend explicitement à l’étranger, confère à la nouvelle structure une véritable vocation régionale. Elle est ainsi habilitée à construire des infrastructures et à gérer des services publics liés à son objet social pour le compte de l’État, positionnant le Cameroun comme un acteur stratégique sur l’échiquier énergétique continental.
Une gouvernance stratégique face aux défis du réseau
Pour soutenir ces ambitions, la gouvernance de la SOCADEL a été pensée pour favoriser une coordination étroite entre les maillons de la chaîne électrique nationale. Son Conseil d’Administration intègre stratégiquement les directeurs généraux de la SONATREL (transport) et d’EDC (patrimoine), garantissant une synergie entre les différents acteurs publics sous la double tutelle des ministères de l’Énergie et des Finances. Le management est également soumis à une discipline de renouvellement stricte : les mandats de la Direction Générale sont limités à un maximum cumulé de neuf ans, sous peine de nullité des actes pris au-delà de ce seuil.
Désormais basée à Douala pour une durée de vie fixée à 99 ans, la SOCADEL hérite d’un patrimoine complexe. Si le cadre juridique est désormais stabilisé, le plus dur reste à faire : opérationnaliser une structure qui doit d’urgence moderniser un réseau vieillissant et apurer une dette technique lourde, tout en répondant à une demande nationale en forte croissance. Le passage d’Eneo à la SOCADEL n’est donc pas seulement un changement de statut, mais le début d’un défi industriel majeur pour la souveraineté du pays.










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